I.Elles ont osé parler de leur vulve et leurs mots résonnent pour beaucoup d'entre nous
On parle rarement de sa vulve. On la cache, on la tait, on la juge en silence. Alors quand des personnes acceptent de mettre des mots sur leur rapport à cette partie d'elle.ux-mêmes, quelque chose de rare et de précieux se passe. Voici leurs histoires.
5/11/20264 min read
I.Elles ont osé parler de leur vulve et leurs mots résonnent pour beaucoup d'entre nous
On parle rarement de sa vulve. On la cache, on la tait, on la juge en silence. Alors quand des personnes acceptent de mettre des mots sur leur rapport à cette partie d'elle.ux-mêmes, quelque chose de rare et de précieux se passe. Voici leurs histoires.
« Les images qu'on a des vulves en grandissant sont souvent les mêmes : des vulves lisses, régulières. On a presque l'impression de ne pas être normale si ça ne correspond pas. J'étais jeune. Je n'avais aucune représentation qui me ressemblait. Et pire que ça, j'entendais des garçons juger le "genre" de vulve que j'avais. Un simple "c'est normal, ta vulve est unique, belle" m'aurait sûrement beaucoup plus apaisée. Aujourd'hui, je l'accepte et je l'aime. Du moins, la plupart du temps. Car il y a encore des moments où d'anciennes idées refont surface. »
Ce témoignage, beaucoup d'entre nous auraient pu l'écrire. Grandir sans représentations réelles, sans miroir fidèle, sans personne pour dire : c'est normal, c'est beau, c'est toi. Et combler ce vide par des images venues d'ailleurs, de la pornographie, de l'art, des manuels scolaires qui ne ressemblent à presque personne.
« C'est très ambivalent. Je n'aime pas du tout ma vulve, car une de mes petites lèvres est beaucoup plus grande que l'autre. Elle a aussi traversé des choses un peu tristes. Alors j'essaie de ne pas être trop méchante avec elle. »
Ne pas être trop méchante avec elle. Cette phrase dit tout de la complexité du rapport que beaucoup entretiennent avec leur corps. Pas encore l'amour. Mais déjà la trêve. Déjà la douceur, fragile et courageuse.
« Mon rapport à ma vulve a été conditionné dès mon premier rendez-vous chez la gynécologue, à 12 ans. Elle m'a expliqué que j'avais les lèvres asymétriques, mais que ce n'était pas grave, et que si cela me gênait, je pourrais me faire opérer plus tard. J'ai donc fait ma puberté avec l'idée que ma vulve était anormale. À chaque fois que je relationnais avec quelqu'un, j'y pensais. Je vis désormais très bien avec ma vulve et je suis heureuse de ne pas avoir fait l'opération. Et si demain je tombe sur quelqu'un que cela dérange, je lui dirai de passer son chemin. »
Ce que cette personne décrit n'est pas un cas isolé. Des professionnel·les de santé qui, sans mauvaise intention, plantent une graine de doute qui met des années à se déraciner. Des mots dits en quelques secondes, portés pendant des décennies.
« J'ai 27 ans. Cela fait 27 ans que j'habite un corps que je ne connais pas vraiment. J'ai une cicatrice sur le pubis car, lorsque j'étais collégienne, je me coupais les poils au ciseau. Un jour, j'ai vu trop grand et je me suis incisée la peau. À chaque fois que je m'occupe de ma pilosité pubienne, je vois cette marque et je repense à cette méconnaissance spatiale de mon corps. »
« J'ai commencé à m'intéresser à ma vulve uniquement lorsqu'elle s'est mise à me faire mal. Très vite, ce que j'attendais comme une découverte phénoménale s'est avéré être un raté complet. C'est ainsi, avec ce sentiment amer, que je suis partie à la découverte de ma vulve : d'abord de médecin en médecin, puis doucement vers le fameux miroir, les baumes apaisants et la masturbation. C'est aussi grâce à elle que j'ai découvert le féminisme. Et pour ça, c'est vrai, je lui dois beaucoup. »
Combien d'entre nous ont découvert leur vulve par la douleur avant de la découvrir par le plaisir ? Combien ont dû passer par la souffrance pour enfin se retourner vers soi ?
« En tant qu'homme transgenre, c'est un sujet qui peut être délicat. Cela l'a été pour moi pendant longtemps. Entre palpations, découvertes et dégoût, je ne savais sur quel pied danser. Ce n'est qu'en commençant ma transition hormonale que j'ai appris à découvrir cette part de moi qui maintenant m'apporte un plaisir foudroyant. »
« Pour moi prendre de la testostérone, c'était un mystère sur l'allure que ma vulve allait avoir. Aujourd'hui j'ai l'impression d'avoir une nouvelle Game Boy. Il faut réapprendre à utiliser les touches, trouver les combos gagnants. Avoir eu la même console de jeux pendant 23 ans et changer progressivement, ça demande de tout réapprendre. »
Le rapport à la vulve ne se vit pas de la même façon pour tout le monde. Et ces voix-là, méritent d'être entendues, elles aussi.
« J'ai grandi en tant que femme dans une génération où l'on ne parlait ni de la vulve, ni du sexe. Il m'a fallu attendre l'âge adulte pour découvrir mon corps et oser regarder ma vulve. Je voudrais que toutes les femmes soient plus à l'aise avec leur intimité. Non, notre sexe n'est pas une honte. »
Ce que tous ces témoignages ont en commun ? Personne n'a reçu, enfant ou adolescent·e, ce dont tout le monde avait besoin : des représentations justes, des mots bienveillants, la simple information que leur corps était normal.
C'est pour ça que montrer la diversité des vulves n'est pas un geste anodin. C'est pour ça que nommer, représenter, célébrer c'est politique. C'est pour ça que chaque moulage compte.
Nos corps sont déjà normaux. Déjà dignes. Déjà beaux. Il était juste temps de le savoir.
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